Dossiers

Mouches et taons : protégez les chevaux tout l’été

Date de publication :
30/07/2026
Espéce :
Cheval
Catégorie :
Dossiers

De la fin du printemps aux premières gelées, mouches, taons, stomoxes et culicoïdes transforment le pré et l’écurie en champ de bataille. Au-delà de la simple gêne, ces insectes transmettent des affections parfois graves et entretiennent un harcèlement permanent qui altère l’état et le comportement du cheval. La saison se prépare : constituez votre stock, formez l’équipe et maîtrisez le conseil, car peu de solutions sont réellement rémanentes chez le cheval et la prévention prime toujours sur le curatif.

 

Conseil est stratégie

L’équipe officinale doit connaître les principaux parasites externes du cheval et les maladies qu’ils véhiculent, afin de proposer une protection adaptée et de prévenir les pathologies spécifiques : dermatite estivale récidivante des équidés (DERE, ou « eczéma estival »), myiases, gastérophilose, plaies d’été, conjonctivites, surinfection de plaies, piroplasmose et maladie de Lyme (tiques), fièvre de West Nile et anémie infectieuse des équidés (AIE).

L’autre objectif, tout aussi important, est de réduire le harcèlement. Les piqûres et le simple vol des insectes induisent stress, nervosité et agitation : hochements de tête, coups de queue, ruades, déplacements incessants. Ce comportement est dangereux pour le cavalier et perturbe la vie de l’animal, qui rogne sur son temps d’alimentation et de repos. Une étude de référence a montré que, à la belle saison, des chevaux se regroupent et écourtent nettement leur temps de pâturage pour fuir les zones les plus infestées — preuve que la charge en insectes a un coût direct sur l’état corporel.

 

Le réflexe ACF au comptoir

Analyse – Interrogez sur le cheval (âge, sensibilité connue, DERE, plaies en cours, jument gestante) puis sur la menace (pré ou box, proximité de bois ou de zones humides, présence de bovins, région à piroplasmose ou à West Nile, activité montée).

Conseil – Adaptez la forme galénique au mode de vie : spray et roll-on pour le cheval monté, pour-on et couverture pour le pré, lutte environnementale à l’écurie.

Finalisation – Rappelez les points clés : test sur une petite zone avant emploi d’un produit puissant, réapplication après transpiration ou pluie, association protection cutanée + protection mécanique + assainissement du milieu.

 

Principaux insectes

Les mouches

Les mouches gâchent la vie du cheval, qui passe son temps à les chasser. Elles pondent leurs œufs sur le poil, œufs ensuite ingérés lors du léchage, et sont à l’origine des « plaies d’été ».

  Mouche domestique (Musca domestica) : aux heures chaudes, elle consomme sang, squames et sécrétions, notamment lacrymales. Elle est vectrice de conjonctivites et de plaies d’été.

  Stomoxe (Stomoxys calcitrans, « mouche charbonneuse ») : mouche piqueuse hématophage, très douloureuse, active surtout sur les membres et le ventre. Elle prolifère dans le fumier humide et représente une cible majeure de la lutte environnementale.

  Mouche plate (hippobosque, « mouche-araignée ») : elle vit en permanence sur l’animal et pique les zones sensibles (intérieur des cuisses, périnée, anus), déclenchant de vives réactions de douleur. Elle est sensible aux corps gras (huile, vaseline), qui protègent efficacement ces zones.

Les gastérophiles

Les gastérophiles sont des mouches dont les œufs, pondus sur les membres antérieurs, les lèvres ou la crinière, sont ingérés par léchage. Les larves gagnent alors l’estomac et provoquent un parasitisme interne (gastérophilose). La lutte associe le retrait mécanique des œufs et une vermifugation ciblée à l’automne.

Les taons

Les taons affectionnent la proximité des bois et les prairies humides. Leur piqûre, très douloureuse, survient surtout en pleine journée par temps chaud ; elle gonfle, démange et saigne souvent, ce qui attire d’autres insectes. Leur vol puissant rend la protection cutanée seule insuffisante : la protection mécanique et l’adaptation des horaires de sortie sont ici déterminantes.

Culicoïdes, moustiques et tiques

À compléter systématiquement : les culicoïdes (petits moucherons) sont responsables de la DERE, dermatite allergique récidivante très fréquente ; les moustiques transmettent la fièvre de West Nile ; les tiques transmettent piroplasmose et maladie de Lyme. Ces trois cibles orientent fortement le conseil selon la région et la saison.

 

Protéger le cheval : les leviers

Deux familles de substances sont mobilisables. Les insecticides tuent insectes, larves ou œufs : la plupart reposent sur des pyréthrinoïdes (perméthrine, deltaméthrine, cyperméthrine). Les insectifuges (ou répulsifs) éloignent les insectes sans les tuer : pyrèthre végétal et huiles essentielles (citronnelle, eucalyptus citronné, géranium, lavande, arbre à thé). En pratique, le conseil combine presque toujours produit cutané, protection mécanique et assainissement du milieu.

Produits à appliquer sur l’animal (et le cavalier)

  Les lotions en spray sont les formes les plus diffusées ; le roll-on cible les zones fragiles (contour des yeux, chanfrein).

  Les pour-on (« ligne du dos ») offrent une application rapide et une meilleure tenue au pré.

  Les colliers, boucles et shampooings insectifuges complètent la panoplie, avec une efficacité plus discutée.

Points de vigilance à transmettre : distinguez les produits disposant d’une AMM vétérinaire équine des cosmétiques et biocides ; beaucoup de produits sont éliminés rapidement par la transpiration ; les molécules puissantes (perméthrine, deltaméthrine) sont sensibilisantes et doivent être testées sur une petite zone avant emploi généralisé ; attention enfin aux réactions de photosensibilisation au soleil. Proposez au cavalier de se protéger lui-même lorsqu’il monte.

Protections mécaniques

La chemise anti-mouches « nid d’abeille » ou intégrale protège le corps ; masques et franges de licol protègent la tête et les yeux ; guêtres et protège-membres complètent l’ensemble au pré comme en promenade. Rappelez de respecter les protections naturelles du cheval (toupet, crinière, queue) et le regroupement en groupe, qui permet aux animaux de se protéger mutuellement.

Assainir le pré et le box

  Au pré : préserver haies et arbres, qui abritent les prédateurs naturels des insectes ; retirer régulièrement les crottins ; adapter les horaires de sortie (privilégier la nuit et le petit matin, éviter les fortes chaleurs).

  Au box : moustiquaires à l’entrée, lanières chassant les insectes, pièges à mouches, adulticides sur les surfaces et — point souvent oublié — larvicide sur le fumier et le lisier pour casser le cycle à la source.

Conseils spécifiques contre les gastérophiles

  Retrait régulier des œufs sur les membres (rasoir, ou éponge imbibée de vinaigre blanc tiédi) pour limiter l’ingestion.

  Vermifugation de fin d’automne avec une molécule active sur les larves de gastérophiles (ivermectine ou moxidectine).

Supprimer totalement les insectes de l’environnement du cheval est illusoire ; en revanche, une protection maximale et continue tout au long de la journée est possible et souhaitable.

En résumé : prévenir plutôt que guérir, combiner les trois niveaux de protection — cutané, mécanique, environnemental — et rappeler qu’aucune solution n’est durablement rémanente chez le cheval qui transpire. C’est la régularité du conseil, autant que le produit, qui protège l’animal tout l’été.

 

Produits à tenir en stock

Chez le cheval, un seul médicament vétérinaire dispose aujourd’hui d’une AMM équine : le phoxim (Sébacil 50 %, organophosphoré, sur prescription). Son AMM couvre gale, tiques, poux, mélophages et myiases — et non spécifiquement les mouches — avec une rémanence en pratique très limitée par la sudation. Les nombreux « anti-mouches chevaux » du marché sont, eux, des produits cosmétiques ou des biocides, non des médicaments à AMM. Certaines molécules pyréthrinoïdes à AMM bovine comme Butox ou Flectron sont parfois employées hors AMM sous la responsabilité du prescripteur.

 

Médicament vétérinaire à AMM équine

Produit

Substance active

Indication / statut

Sébacil 50 % (Elanco)

Phoxim (organophosphoré)

AMM équine – gale, tiques, poux, myiases – sur prescription vétérinaire

Produits cutanés cosmétiques et répulsifs (sans AMM médicament)

Produit

Type

Cible

Tri-Tec 14

Insecticide/répulsif de contact

Mouches, taons, moustiques, tiques – tenue annoncée jusqu’à 14 j

Repel-X, Endure, Flymax, Equifly

Sprays répulsifs

Mouches, taons, moustiques

Centaura, Equisect, Zero Bite

Répulsifs (dont naturels)

Mouches, taons, moustiques

Fénéquin, Tifène (pommades)

Répulsifs/soins locaux

Zones sensibles, plaies d’été

Colliers et boucles insectifuges

Dispositifs portés

Encolure – efficacité discutée

Pyréthrinoïdes à AMM bovine (emploi hors AMM sous responsabilité du prescripteur)

Produit

Substance active

Remarque

Butox 7,5 pour-on

Deltaméthrine

AMM bovin/ovin – hors AMM cheval

Acadrex 60

Fenvalérate

AMM bovin – hors AMM cheval

Deosect

Cyperméthrine

Selon disponibilité – vérifier le statut de commercialisation

Lutte dans l’environnement (biocides écurie / habitat)

Produit

Substance / mode d’action

Emploi

Néporex (cyromazine 2 %)

Larvicide, régulateur de croissance

Fumier et lisier – détruit les larves avant l’envol (levier clé)

Agita 10 WG (thiaméthoxam)

Adulticide néonicotinoïde + attractif

Murs et surfaces des bâtiments – effet knock-down

Quick Bayt (imidaclopride)

Adulticide + attractif

Appâts / pulvérisation en écurie

Solfac, Stomoxine murale, S’top Fly

Adulticides de surface / pièges

Traitement des locaux et pièges à mouches

Soins locaux de la DERE (« eczéma estival »)

Produit

Rôle

Dermit-s’top, Derm’itch, Equimyl

Apaisement du prurit, soin des lésions de grattage

Fénéquin pommade, Tifène pommade

Protection et répulsion des zones lésées

TWYDIL Cutagel

Soin cicatrisant et protecteur

 

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