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Médicaments humains OTC : usages courants en pharmacie vétérinaire
Il y a une vingtaine d’années, la mise en place de la liste des exonérations vétérinaires a profondément reconfiguré le paysage du médicament animal. Avant cette réforme, des spécialités vétérinaires dédiées existaient bel et bien. Ces produits répondaient à des besoins quotidiens et courants. C’est précisément là qu’intervient le recours aux médicaments humains OTC. Ce type de conseil exige compétence et formation vétérinaire pour l’équipe officinale.
Cet article n’a pas comme objectif d’encourager, l’usage des médicaments humains pour les animaux lorsqu’il existe un médicament vétérinaire identique. En l'absence d'équivalent, la règle de la cascade existe qui envisage cette possibilité pour les médicaments sur ordonnance et sans ordonnance.
Suite aux évolutions réglementaires, force est de constater que le nombre de spécialités vétérinaires disponibles sans ordonnance est resté extrêmement limité. La raison est simple et avant tout économique : développer, homologuer et maintenir sur le marché une spécialité vétérinaire sans ordonnance représente un investissement industriel considérable, difficile à rentabiliser sur des marchés de niche comme celui des animaux de compagnie. Les laboratoires vétérinaires ont donc massivement délaissé ce segment au profit de produits non médicamenteux qui ne nécessitent pas d’AMM, mais qui sont donc moins efficaces.
Comme l’explique Guy Barral président de l’UNPVO*, pour de nombreuses affections courantes et bénignes, il n’existe tout simplement pas de médicament vétérinaire sans ordonnance adapté. C’est précisément là qu’intervient le recours aux médicaments humains vendus sans ordonnance dits OTC qu’un client peut acheter pour son usage et que rien n’empêche d’utiliser pour son animal (règle de la cascade) à condition bien sûr que le risque soit identique pour les deux espèces. Dans ce contexte, le pharmacien peut conseiller un produit humain pour un animal de compagnie.
Prenons l’exemple de l’ibuprofène (Advil ou autre) et du paracétamol (Doliprane®), ces deux molécules son couramment utilisé chez l’homme avec des risques limités, mais leur emploi chez le chien et le chat est tout à fait déconseillé, car les risques augmentent de façon très importante et des mortalités sont possibles. À la question : « puis-je en donner à mon animal ? » La réponse doit être claire : « non c’est très dangereux ». En est-il de même pour une crème à base d’Hydrocortisone ou un désinfectant oculaire ? Non.
Médicaments humains OTC au quotidien
Prenons l’exemple des affections oculaires, plusieurs options humaines sont parfaitement adaptées aux animaux. Les collyres antiseptiques comme Désomédine, Biocidan ou Ophtacalm sont régulièrement utilisés pour les irritations oculaires du chien et du chat. Pour les conjonctivites avec composante inflammatoire, les collyres décongestionnants comme Visine ou Dacryosérum rendent de bons services. Côté allergies oculaires, le collyre antihistaminique Allergodil (azélastine) est une référence bien connue des propriétaires d’animaux sensibles au pollen.
Sur le plan dermatologique, les crèmes à base d’hydrocortisone comme Hydrocortisone Cristers 0,5 % ou Cortifra trouvent une utilisation fréquente dans les irritations cutanées localisées, les dermatites de contact ou les piqûres d’insectes. Ces formulations à faible concentration cortisonée sont accessibles sans ordonnance et correspondent exactement aux besoins de petites lésions inflammatoires bénignes.
Pour les troubles digestifs, le Smecta (diosmectite) est un antidiarrhéique parfaitement toléré par le chien et le chat, souvent recommandé en première intention. Les anti-acides et anti-ulcéreux comme Mopral ou Oméprazole Arrow 20 mg sont très demandés pour les gastrites réactionnelles ou les vomissements chroniques du chien.
Dans un registre différent, les antihistaminiques oraux comme la Cétirizine Biogaran ou la Loratadine Mylan connaissent une utilisation croissante dans la prise en charge des dermatites allergiques canines. Enfin, pour le mal des transports, la Nautamine (diphénhydramine) reste une référence fiable et bien tolérée par les chiens voyageurs.
Un positionnement stratégique pour l’officine
Ces produits présentent un double avantage : ils sont disponibles immédiatement en stock courant, sans nécessiter de commande spécifique, et ils génèrent une marge intéressante sur des actes de conseil à forte valeur ajoutée. Le pharmacien, en informant le propriétaire sur le risque, la bonne molécule, la bonne forme galénique et le bon dosage adapté au poids de l’animal, exerce pleinement son rôle de professionnel de santé.
En combinant les produits et médicaments vétérinaires disponibles à l’officine et le complément possible par des médicaments humains OTC sans risque pour l’animal, le pharmacien d’officine qui maîtrise ce segment devient un acteur incontournable de la santé animale de proximité — et se distingue durablement de la concurrence para-pharmaceutique qui, elle, ne peut pas délivrer ces conseils.
Tableau — Produits OTC humains utiles pour les chiens et chats
Médicaments sans ordonnance disponibles en pharmacie — usage dans le cadre de la cascade thérapeutique
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Collyres antiseptiques • Désomédine — collyre • Biocidan — collyre • Ophtacalm — collyre • Dacryosérum — solution lavage oculaire • Sterilens — solution isotonique |
Collyres anti-inflammatoires/décongestionnants • Visine — collyre • Naphazoline Alcon — collyre • Rhinol Bleu — collyre • Optrex — collyre/bain oculaire |
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Collyres antiallergiques • Allergodil — collyre • Naabak — collyre • Cromabak — collyre • Zaditen ophtalmique — collyre • Lécaïne — collyre |
Corticoïdes cutanés (hydrocortisone) • Hydrocortisone Cristers 0,5 % — crème • Cortifra — crème • Dermacortine — crème • Onctose hydrocortisone — crème • Aphilan démangeaisons — crème |
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Antidiarrhéiques • Smecta — poudre suspension orale • Smectalia — poudre suspension orale • Ultra-levure — gélules/sachets • Lacteol — sachets probiotiques |
Anti-acides/anti-ulcéreux • MopralPro 20 mg — gélules • Oméprazole Arrow 20 mg — gélules • Oméprazole Biogaran 20 mg — gélules • Inexium control 20 mg — gélules • Gaviscon — suspension orale/sachets • Phosphalugel — gel oral |
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Antihistaminiques oraux • Cétirizine Biogaran 10 mg — comprimés • Zyrtec 10 mg — comprimés/solution buvable • Loratadine Mylan 10 mg — comprimés • Clarityne 10 mg — comprimés • Aerius 0,5 mg/mL — solution buvable • Polaramine — comprimés |
Mal des transports • Nautamine — comprimés • Mercalm — comprimés • Nausicalm — gélules • Vogalib — lyophilisat oral • Cocculine — comprimés (homéopathie) |
⚠ Usage hors AMM — délivrance dans le cadre de la cascade thérapeutique (art. L.5143—4 CSP). Adapter la posologie au poids de l’animal. Certains produits contre-indiqués selon espèce (ex. : lopéramide déconseillé chez les races à mutation MDR1 : colley, border collie, shetland).
Sources : Règlement UE 2019/6 ; art. L.5143—4 du Code de la Santé Publique (cascade thérapeutique) ; ANPVO.
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